Sous un seul kilomètre de rue à Épernay se cachent environ 110 kilomètres de galeries de craie, abritant ce qui est depuis longtemps décrit comme la partie de cave la plus précieuse au monde.
L'avenue de Champagne n'a pas toujours été grandiose. Jusqu'au début du XIXe siècle, c'était le faubourg de la Folie, une route modeste sortant de la ville vers l'est. La craie tendre du Crétacé sous ses pieds a tout changé. Exploitée depuis l'époque romaine, la pierre a laissé des vides qui maintiennent une température constante de 10 à 12 degrés Celsius et une humidité stable — conditions nécessaires à la seconde fermentation. Les familles de négociants ont creusé vers le bas, puis construit vers le haut. Moët & Chandon, fondée en 1743, s'est développée le long de l'avenue ; Perrier-Jouët est arrivée en 1811, Mercier en 1858. Les caves de Mercier ont été creusées assez largement pour accueillir une calèche, puis un petit train électrique, qui circule toujours. Les façades néoclassiques et Second Empire en surface sont la moitié visible d'une ville verticale ; la visite des maisons de Champagne à Épernay a toujours été un exercice de lecture des deux moitiés simultanément.
Ce qui donne son poids à l'avenue aujourd'hui, c'est la reconnaissance plutôt que la réinvention. En 2015, l'UNESCO a inscrit les « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » sur la Liste du patrimoine mondial, nommant les caves d'Épernay aux côtés des crayères de Reims et des vignobles de coteaux d'Hautvillers où Dom Pérignon fut cellérier de 1668 à 1715. Ce classement protège autant un paysage industriel qu'architectural : pressoirs, pupitres, escaliers descendant à trente mètres, et pupitres sur lesquels les bouteilles sont tournées à la main. La visite des maisons de Champagne demeure, en pratique, une promenade à travers une infrastructure en activité.
L'architecture récompense l'attention. Le Château Perrier, achevé en 1857 dans le style néo-Louis XIII, abrite aujourd'hui le Musée du Vin de Champagne. La Villa Bissinger, tour en briques de De Castellane datant de 1905 avec ses 237 marches, marque l'extrémité est de l'avenue et est visible depuis les vignobles en surplomb. Les galeries de caves sont nommées par des noms de rues, un quadrillage souterrain miroir de la ville. La craie absorbe le son ; les couloirs sont silencieux, contrairement à la rue.
L'avenue elle-même est publique et gratuite, traversant le 51200 Épernay depuis le centre-ville vers l'est. Chaque maison facture séparément les descentes guidées et les dégustations, et les villages environnants — Cumières, Aÿ, Hautvillers — étendent cette même géologie vers l'extérieur. Les billets pour la visite des maisons de Champagne à Épernay existent car l'accès sous terre nécessite, par nécessité, un accompagnement.